26 oct. 2012

Inconnu à cette adresse

Depuis le début de l'année 2012, le théâtre Antoine, dirigé par Laurent Ruquier, propose une expérience théâtrale assez intéressante, à savoir faire jouer la même pièce par six couples d'acteurs différents. Tous les mois, 2 nouveaux acteurs reprennent le flambeau et s'approprient la pièce. En janvier, c'est Gérard Darmon et Dominique Pinon qui avaient ouvert le bal, deux acteurs au potentiel autant comique que dramatique, ça devait envoyer du pâté !

La pièce en question est au départ une nouvelle épistolaire parue en 1938 aux Etats-Unis et écrite par Kathrine Kressmann Taylor, Inconnu à cette adresse. Elle retrace la correspondance de 2 amis entre novembre 1932 et mars 1934, 2 associés d'une galerie d'art : Martin, allemand, retourné vivre en Allemagne avec sa famille, et Max, américain d'origine juive, resté à San Francisco. Les lettres sont d'abord cordiales, très tendres ; les 2 personnages sont amis et associés depuis de nombreuses années. Mais bientôt, la montée du nazisme en Allemagne, l'accession d'Hitler au pouvoir, font naître des tensions :  Max s'inquiète des répressions, des arrestations arbitraires, de la persécution des juifs qui secouent l'Allemagne, alors que Martin les voit comme un mal nécessaire. Le changement de discours de Martin, au fil des lettres, sur la situation de son pays humilié depuis la Première Guerre mondiale et qui se relève difficilement, puis sur sa relation avec cet ami juif, devenu une connaissance gênante dans cette société où tout est surveillé, est vraiment très finement décrit, très bien mis en place : le discours est ainsi d'une incroyable crédibilité. Un très bon texte donc, que je vous conseille de lire.


Nous y sommes allés en octobre, voir le duo Stéphane Guillon-Gaspard Proust. Pour la petite histoire, en me dirigeant vers le théâtre, j'ai attendu au passage piéton que le feu passe au vert juste à côté de Gaspard Proust, qui se rend également au théâtre, visiblement un peu énervé d'être en retard. Comme chaque fois que je croise une personnalité que j'apprécie, je ne sais quoi lui dire, ne trouvant rien de drôle et spirituel, (Vincent Delerm, mon grand regret), et je me suis donc contentée de rougir...

La mise en scène, de Delphine de Malherbe, est relativement simple, et en même temps, la correspondance, qui suppose un éloignement géographique entre les 2 personnages, laisse peut-être peu de possibilités, surtout quand le texte n'est pas du tout modifié comme c'est le cas ici. Chaque acteur lit tour à tour la lettre qu'il est en train d'écrire, il n'y a pas d'interaction directe entre les 2 acteurs, qui jouent chacun dans un décor différent, celui de leurs bureaux respectifs. D'une manière générale, j'ai une préférence pour Gaspard Proust, dont le cynisme et l'humour noir me font beaucoup rire. Mais là, Stéphane Guillon était vraiment meilleur. En fait, je n'ai pas réussi à oublier le Gaspard Proust qui me fait rire derrière le Gaspard Proust comédien, j'attendais sans cesse qu'il lâche une blague (ou un proust). Il avait l'air lui-même un peu gêné, peu à l'aise, et ne se lâche qu'à la fin de la pièce quand son personnage devient plus grinçant et ironique. Au contraire, Stéphane Guillon était vraiment dans son rôle, très convaincant, il donne vie aux lettres qu'il lit avec beaucoup d'aisance.

Ouhouh, très drôle, la blague du proust !

Le mois de novembre mettra en scène Elie Semoun et Jean-Paul Rouve, qui devrait être très bon, comme toujours !

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