11 oct. 2012

Le prix Nobel de littérature

Ah enfin un prix Nobel qu'on attend vraiment (enfin, moi, en tout cas, et tous les éditeurs de littérature aussi) ! Et surtout un prix Nobel dont on espère qu'on va connaître le lauréat, peut-être même qu'on l'aura lu - mais là, faut avoir beaucoup de chance quand même - pour pouvoir se la péter genre "Ah bon, t'as pas lu Tranströmer ?". Du coup, c'est aussi un prix souvent déceptif, parce qu'on en attend beaucoup, et qu'en général, on n'a jamais entendu parler du mec.

Par exemple, cette année, étaient pressentis Roth, Modiano et Murakami. Bon ben voilà 3 noms que la plupart d'entre nous connaissent (vous avez même peut-être lu 1Q84), 3 noms accessibles. Et bien non, ils ont choisi Mo Yan, un mec dont le nom ressemble vaguement à Maurane, mais avec l'accent chinois. En y regardant de plus près finalement, ok, Mo Yan, je connais, parce que, oui, je touche un peu ma bille en littérature, et surtout j'ai fait un stage aux éditions Points, qui publient cet auteur. Il se peut même que j'ai un ou deux ouvrages de Mo Yan dans mes cartons (oui, drame de ma vie, mon appart est encore trop petit pour accueillir tous mes livres, donc beaucoup - ceux que je n'ai pas prévu de lire tout de suite - sont encore dans des cartons).

Maurane, vraiment ?

Selon le testament d'Alfred Nobel, le prix de littérature doit être remis à quelqu'un dont l'oeuvre littéraire "a fait la preuve d'un puissant idéal". Ce qui peut vouloir dire beaucoup de choses, comme le montrent les auteurs si différents qui ont été récompensés. Au fil des remises, le prix Nobel de littérature a fait l'objet de nombreuses controverses, ce qui le rend bien plus palpitant que les autres prix. En médecine ou en chimie, il est plus délicat de remettre en cause l'apport des lauréats dans leur domaine. Et comme le choix du lauréat ne peut guère être en rapport avec l'actualité (puisqu'il faut un certain délai avant d'être récompensé dans les domaines scientifiques), ces prix sont finalement assez consensuels. En littérature au contraire, il y a toujours des détracteurs (rien à voir avec les détraqueurs d'Harry Potter) qui désapprouvent le choix de l'Académie suédoise et qui le font savoir. Ainsi, en 2009, l'attribution du prix à l'Allemande Herta Müller, surtout connue en Allemagne, laisse sceptique une bonne partie de la presse et des "intellectuels". En 1964, Jean-Paul Sartre refuse le prix Nobel qu'il vient de gagner, parce qu'il trouve que ce prix est trop tourné vers l'Occident, et en 2008, le secrétaire perpétuel de l'Académie suédois lui donne un peu raison en disant : "Il existe bien sûr des auteurs forts dans toutes les grandes cultures, mais on ne peut pas nier le fait que l'Europe est toujours le centre du monde littéraire". Une analyse tout en mesure.

Le prix Nobel ? Hum, non merci.

Sur 108 lauréats du prix Nobel de littérature, on compte 12 femmes, dont :
- Selma Lagerlöf, en 1909, premier lauréat suédois, que l'on connait en France pour son roman Le merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. Très cèlèbre en Suède, elle figure sur les billets de 20 couronnes.
- Gabriela Mistral, en 1945, premier écrivain d'Amérique latine, poétesse, grande féministe et amie de Pablo Neruda, futur prix Nobel de littérature. A sa mort, le Chili a décrété 3 jours de deuil national.
- Nelly Sachs, en 1966, une poétesse juive allemande qui échappe au nazisme grâce à Selma Lagerlöf, prix Nobel cité plus haut, qui la fait venir en Suède, où elle passera le reste de sa vie.
- Nadine Gordimer, en 1991, une sud-africaine qui s'est battue contre l'apartheid et qui a écrit sa première nouvelle à l'âge de 9 ans, après la fouille de la chambre de sa domestique noire par la police.
- Elfriede Jelinek, en 2004, une Autrichienne en conflit avec son pays, qu'elle critique ouvertement. Sa récompense est parmi ceux qui ont créé le plus de polémique, entraînant jusqu'à la démission d'un des membres du jury, qui qualifie l'oeuvre d'Elfriede Jelinek de pornographie et de haine obsessionnelle. En France, elle est notamment connue pour son oeuvre La Pianiste, adaptée au cinéma par Michael Haneke, avec Isabelle Huppert, film qui reçut le Grand prix du jury à Cannes, en 2001.
- Doris Lessing, en 2007, très connue pour Le Carnet d'or, prix Médicis étranger en 1976.

Il y a quand même chez les lauréats du prix Nobel de littérature, souvent jugé élitiste, des noms très connus comme Anatole France, Bergson, Gide (lisez Les Faux-monnayeurs), Faulkner, Hemingway, Camus, Sartre, Steinbeck, Beckett ou Gabriel Garcia Marquez. Et pour une fois, c'est la France qui est en haut du tableau des médailles (ça change des JO). On y trouve également Rudyard Kipling, un nom qui ne vous dit peut-être rien comme ça, mais qui a écrit Le Livre de la jungle.

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